Chapitre 22. L'ergonomie au travail

Table des matières

22.1. L'environnement de travail
22.2. Le matériel de travail
22.3. Liens et littérature

Résumé

Ce chapitre vous propose de faire un petit tour d'horizon du sujet aménagement ergonomique des postes de travail. La lecture du présent texte ne remplace pas l'étude des normes en vigueur qui ne seront pas toutes citées ici. Pour faciliter la lecture de ce chapitre, il ne sera pas fait référence à des ouvrages traitant de ce sujet. L'auteur s'est efforcé de faire un résumé succinct mais précis de l'état actuel de la recherche mais il reste encore de nombreux points qui ne seront pas abordés. Les informations fournies dans les différentes sections sont en grande partie extraites d'une documentation en langue allemande qui se base généralement sur les prescriptions et réglementations en vigueur en République Fédérale d'Allemagne. Les normes européennes et internationales étant le plus souvent unifiées, ces prescriptions sont cependant applicables sous une forme similaire au moins à l'échelle européenne.

22.1. L'environnement de travail

Si les ergonomes examinaient systématiquement les postes de travail domestiques de certains utilisateurs d'ordinateurs, ils s'arracheraient les cheveux de désespoir à la vue de certaines constructions pour le moins bizarres. Aucune norme n'a malheureusement empêché jusqu'à présent les utilisateurs privés d'acheter des tables d'ordinateur spéciales, souvent bon marché, à piètement de tube métallique, dotées de roulettes pratiques (= peu de stabilité), d'une tablette de support clavier escamotable (= sans repose poignets), d'étagères pour le PC et l'imprimante avec porte-papier (= plan de travail trop petit et manque de liberté pour les jambes), d'une tablette coulissante pour la souris (= manque de stabilité et d'espace de travail) et avec une bonne vue de l'écran (= placé trop près, trop haut). De telles tables, qui ne répondent pratiquement à aucune des normes, sont utilisables tout au plus pour un travail à l'écran de courte durée et n'ont donc pas leur place dans un environnement de travail professionnel. C'est pourquoi il est souvent inutile de chercher de tels meubles informatiques dans les catalogues des fabricants de mobilier de bureau qui, en respectant des normes minimales, veillent indirectement à prévenir les risques pour la santé du personnel des entreprises. Les mots normes minimales laissent cependant penser qu'il serait possible de faire mieux.

22.1.1. La bonne table de travail

Une table de hauteur inadéquate impose un excès de contrainte aux muscles des bras et du dos. La posture incommode qui en résulte affecte surtout la colonne vertébrale. À ceci s'ajoute que le manque d'espace pour les jambes contraint à travailler dans une posture encore plus contractée qui favorise l'apparition de troubles circulatoires.

Le choix de la bonne table est en fait très simple. Une bonne table de travail devrait être si possible large et profonde et il serait idéal que sa hauteur soit réglable. Les tables qui se transforment en pupitres (par exemple, de façon particulièrement confortable, par une simple pression de bouton) et permettent d'alterner la position assise et la position debout représentent le nec plus ultra car les changements fréquents entre les deux positions et par là même entre les formes de contrainte favorisent la décontraction.

  • Pour permettre une disposition flexible du matériel et des outils de travail, la table devrait avoir une superficie d'au moins 160 x 80 cm

  • Les postes de travail constitués de plusieurs surfaces combinées sont recommandés.

  • Une table non réglable devrait avoir une hauteur d'au moins 72 cm. Si la hauteur est réglable, elle devrait pouvoir varier au minimum entre 68 et 76 cm. Bien qu'aucune norme ne le prescrive, une table de travail de hauteur réglable présente des avantages incontestables sur le plan ergonomique.

  • La norme DIN prescrit une plus grande largeur dans certains cas particuliers, par exemple pour les postes de travail CAO (conception assistée par ordinateur). Lorsque le travail sur écran de visualisation est alterné avec d'autres travaux, la largeur de la table doit être au moins de 200 cm.

  • La largeur de l'espace pour les jambes doit être au minimum de 60 cm, cependant l'expérience montre que la largeur de l'espace pour les jambes prévue par la norme est insuffisante.

  • Lorsqu'un écran de grande taille est utilisé, la profondeur de la table devrait être de 100 cm, voire même de 120 cm.

  • Pour la surface de la table de travail, il convient d'éviter les couleurs vives, lumineuses et réfléchissantes (c'est la raison pour laquelle de nombreux meubles de bureau ne sont disponibles qu'en couleur gris sobre).

22.1.2. Bien assis sur la bonne chaise de travail

La posture imposée par un siège de bureau est beaucoup plus statique que celle que l'on prend dans un fauteuil où l'on peut facilement se vautrer. Une position incorrecte, par exemple inclinée vers l'avant ou tournée sur le côté, affecte la respiration et les organes digestifs. Elle provoque une fatigue prématurée, des troubles circulatoires et des douleurs dorsales dues aux contraintes subies par la colonne vertébrale et les disques intervertébraux. Dans certains cas extrêmes, elle peut même provoquer des pathologies musculosquellettiques.

Il est recommandé de changer souvent de posture afin que la charge soit répartie sur différentes parties du corps. Beaucoup de choses dépendent d'un bon ajustement : la hauteur de votre chaise est optimale si le bras forme un angle droit avec l'avant-bras qui repose sur la table. Les pieds doivent être entièrement posés sur le sol et les jambes doivent aussi former un angle droit avec les cuisses. Les balles de gymnastique ou les sièges sur piètement traîneau sont de bonnes alternatives au sièges habituels.

Une bonne chaise de bureau, construite selon des critères ergonomiques est malheureusement relativement chère, mais votre santé vaut bien une telle dépense. Le label allemand GS indique seulement que la chaise répond aux exigences minimales. Le label TÜV Rheinland – Ergonomie geprüft indique que la chaise a été testée selon des critères ergonomiques plus sévères.

Les caractèristiques d'une bonne chaise sont les suivantes :

  • Un dossier qui arrive à la hauteur des omoplates et dont la résistance à la pression exercée par le dos peut être réglée individuellement.

  • Un appui pour la colonne lombaire.

  • Le siège doit aussi être réglable et pouvoir s'incliner vers l'avant ou vers l'arrière.

  • Le dossier et le siège sont maintenus dans un angle optimal par une régulation automatique.

  • La chaise est munie d'une suspension qui amortit l'impact lorsqu'on s'asseoit.

  • Le piètement doit avoir cinq branches qui garantissent la stabilité de la chaise et les roulettes doivent être autoblocantes.

  • Comme tout le monde n'a pas la même taille et que la longueur des jambes et du tronc est différente d'un individu à l'autre, il est indispensable que la hauteur du siège soit réglable (selon la norme de 42 à 53 cm) et que la hauteur du dossier soit ajustable.

  • Un réglage individuel pour d'éventuels accoudoirs est un luxe.

  • Si vos pieds ne touchent pas le sol, vous devriez disposer d'un repose-pieds.

22.1.3. Un bon éclairage pour un bon travail

Généralement, l'éclairage d'un poste de travail est loin d'avoir la même intensité que la lumière extérieure. Cette différence ne se remarque pas car l'œil humain a une très grande faculté d'adaptation et l'on sous-estime donc très souvent l'influence que peut avoir l'éclairage sur la performance et le rendement. Une lumière trop intense empêche de bien voir l'écran et un éclairage insuffisant diminue l'acuité visuelle. Un mauvais éclairage exige un effort oculaire excessif et finit par provoquer des symptômes de fatigue et de surmenage.

Une bonne combinaison entre l'éclairage général de la pièce et l'éclairage individuel du poste de travail est considérée comme optimale. Pour votre poste de travail à la maison, il est donc recommandé de combiner la lumière d'un plafonnier (500 Watt, de préférence avec variateur d'intensité) avec celle d'une ou de deux lampes d'appoint pour votre bureau. Les tubes fluorescents généralement utilisés dans les bureaux devraient donc être complétés par des luminaires individuels pour les postes de travail. L'éclairage ne devrait pas être trop intense et il est essentiel qu'il puisse être réglé individuellement. Les contrastes trop forts sont à éviter. Malheureusement, un bon éclairage revient souvent très cher, mais un minimum de confort visuel peut aussi être obtenu avec un système d'éclairage moins coûteux.

  • Il devrait tout d'abord être possible de laisser la lumière du jour éclairer la pièce. Une vue sur l'extérieur est essentielle.

  • Une intensité lumineuse égale ou supérieure à 250 lx est considérée comme agréable (500 lx sont généralement exigés et 1000 lx pour un bureau en espace ouvert).

  • La puissance de l'éclairage individuel du poste de travail devrait se situer entre 500 et 750 lx. Les sources d'éclairage individuelles peuvent cependant se révéler problématiques car elles créent souvent un contraste trop fort avec l'éclairage ambiant. Les transitions douces sont ressenties comme plus agréables.

  • L'éclairage ne doit en aucun cas vasciller ou scintiller. (les vieux tubes fluorescents émettent parfois des scintillements que l'on peut percevoir du coin de l'œil).

  • Les ombres sombres devraient être évitées.

  • Un éclairage au plafond doit diffuser la lumière de manière diagonale et les tubes d'éclairage doivent être latéralement décalés par rapport à la table sur laquelle se trouve l'écran. La ligne du regard devrait donc être parallèle au tube d'éclairage.

  • Que l'éclairage soit ressenti comme agréable ou non dépend de la température des couleurs, de la teinte de la lumière, du type de la lampe. Les couleurs de lumière blanc-chaud ou blanc-neutre sont recommandées.

  • Le besoin en lumière ne dépend pas seulement de la tâche à accomplir mais aussi de l'âge. Les personnes d'âge avancé ont besoin de plus de lumière et si elles se contentent d'une petite lampe pour éclairer leur appartement, ce n'est pas parce que leur besoin en lumière est minime mais parce qu'une petite lampe permet d'économiser du courant.

  • Un poste de travail situé près d'une source de lumière naturelle requiert une protection contre l'éblouissement direct ou indirect, tout particulièrement si la vue tombe directement ou avec un angle de 45° sur la fenêtre. Les mécanismes de protection contre l'éblouissement devraient être ajustables individuellement. Mais un éclairage artificiel ne devrait pas non plus provoquer de réflexion sur l'écran.

22.1.4. Un bon climat ambiant

Le climat ambiant a une influence considérable sur notre bien-être. Une température ambiante trop basse, trop élevée, un local exposé aux courants d'air ou trop sec sont des sources de problèmes. Un taux d'humidité relative trop bas peut provoquer des picotements oculaires, un dessèchement des muqueuses, des irritations de la peau et rend plus vulnérable aux refroidissements. Les choses se compliquent lorsque plusieurs personnes habituées à des températures ambiantes différentes travaillent dans le même bureau. Il est essentiel pour le bien-être d'observer les valeurs de base recommandées pour la température, le taux d'humidité et d'éviter les forts mouvements d'air. Le matériel de travail lui-même ne devrait pas contribuer à augmenter la température.

  • Une température ambiante de 20 à 22 °C est recommandée pour le travail en position assise ou pour les activités simples demandant peu d'efforts physiques. En été, la température maximale devrait être de 26 °C. Cette valeur ne devrait être dépassée que pour de très courtes périodes lorsque la température extérieure est particulièrement élevée.

  • Il doit être tenu compte du fait que non seulement les êtres humains mais aussi les appareillages émettent de la chaleur influant ainsi sur la température ambiante. Ceci devrait être réduit le plus possible.

  • Le taux d'humidité devrait se situer entre 40 (parfois 50) et 65 pour cent et être contrôlé. Le chauffage influe tout particulièrement sur ce taux.

  • Les courants d'air (dus, par exemple, aux fenêtres et aux portes ouvertes ou à la climatisation) ne devraient pas dépasser une vitesse de 0,1 à 0,15 m/s. Un courant d'air sur une partie du corps uniquement devrait être évité.

  • La climatisation devrait être réglable individuellement et il est essentiel qu'elle soit régulièrement contrôlée.

  • Les fenêtres doivent être ouvrables et équipées d'une protection solaire qui prévienne les effets d'éblouissement. La lumière solaire peut accroître considérablement la température ambiante. Une protection solaire extérieure est plus efficace.

  • Les plantes peuvent améliorer le climat ambiant et sont donc recommandables. Elles accroissent le taux d'humidité relative et assainissent l'air en éliminant les polluants.

22.1.5. Le bruit est un facteur de stress

Le bruit est un puissant facteur de stress physique. Bien que l'on ait souvent tendance à sous-estimer son effet, le bruit rend malade. Un excès de bruit peut non seulement provoquer une diminution de l'acuité auditive, causer des troubles végétatifs et psychiques mais aussi influer sur notre efficacité au travail en diminuant nos capacités de concentration. D'autre part, l'insatisfaction peut aussi diminuer la motivation au travail. Le problème réside ici dans le fait qu'une protection efficace contre le bruit peut, dans certaines circonstances, être extrêmement coûteuse.

Un poste de travail calme favorise l'efficacité et accroît le rendement. Comme les postes de travail sur écran de visualisation impliquent souvent une activité mentale, il est prévu dans les normes relatives par exemple aux activités scientifiques ou à la programmation une valeur de 55 dB(A). Les dB(A) représentent un niveau de pression acoustique pondéré. La courbe de filtre A est la plus proche de la perception humaine. Une augmentation de 10 dB(A) du niveau sonore est généralement ressenti comme un doublement du volume sonore.

  • Comme le travail sur écran de visualisation demande généralement une certaine concentration mentale, il convient de veiller à ce que l'équipement soit silencieux.

  • La valeur limite pour le travail de bureau est de 55 dB(A) maximum. Pour les travaux qui sollicitent particulièrement les facultés de concentration mentale ou qui nécessitent une communication vocale, une limite de 35 - 45 db(A) est même requise. C'est le cas, par exemple, pour les activités scientifiques et le travail de programmation.

  • Le niveau dit d'évaluation de 55 dB(A) a également une grande importance. Si le niveau sonore ambiant est de 70 dB(A) pendant un quart d'heure, il devra, le reste du temps, être inférieur ou égal à 55 dB(A).

  • Les postes de travail peuvent être isolés par des cloisons et équipés de moquettes absorbantes, de murs tapissés, de rideaux, etc.

  • Les équipements bruyants tels que, par exemple, les imprimantes matricielles nécessaires dans certaines entreprises pour effectuer des copies devraient être installés sous des capots qui évitent la propagation du bruit. Les normes DIN définissent le niveau sonore autorisé pour les équipements de bureau.

  • L'installation de l'air conditionné ne devrait pas accroître le niveau sonore.

  • Une contrainte excessive causée par le bruit peut être diminuée par un aménagement approprié du poste de travail.


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